Financiarisation de la santé : le cri d’alarme de la CNPL a été entendu par le gouvernement.

Depuis plusieurs années, nous alertons sur la financiarisation de la santé. Le principe en est simple, mais dévastateur pour les finances de la Sécurité sociale et pour la qualité des soins.

Des fonds de capital d’investissement acquièrent en masse des cabinets de praticiens dans certaines disciplines, et rentabilisent en ayant pour objectif que de valoriser leur investissement. L’opération est sans risque, la Sécurité sociale, bonne fille, garanti l’investissement puisque, in fine, c’est elle qui rembourse les soins prodigués.

Au total, plus de 4 milliards ont été investis entre 2020 et 2024 par les fonds de pension dans le secteur santé.

La CNPL, lors de la cérémonie de ses 50 ans, a consacré une table ronde à ce sujet.

Le Conseil Économique Social et Environnemental y consacre un avis qui a été confié à Gilles BONNEFOND, Vice-président de la CNPL.

Le sujet est aujourd’hui décliné par le gouvernement. Le ministre des PME et du Commerce, Serge PAPIN, et la ministre de la Santé, Stéphane RIST, ont présenté mardi dernier un plan d’action destiné à « préserver l’indépendance des professionnels de santé » et « maîtriser les effets de la financiarisation ».

Le 13 octobre 2026, Stéphanie Rist, ministre de la Santé, et Serge Papin, ministre chargé des PME et du Commerce, ont présenté un plan d’action pour préserver l’indépendance des professionnels de santé et maîtriser les effets de la financiarisation. La ministre affirme que l’objectif n’est pas d’être pour ou contre la financiarisation.

Malheureusement le dispositif s’annonce déjà comme très insuffisant dans ses objectifs.

La presse spécialisée l’a jugé bien timide. Nous pourrions dire qu’il se révèlera inefficace.

Les axes envisagés sont les suivants :

  • Un registre national des participations détenues dans les sociétés d’exercice libéral, qui serait tenu par l’Assurance maladie,
  • Un observatoire national de la financiarisation rattaché à la Drees
  • Une doctrine d’usage sur le fonctionnement et la gouvernance 
  • Un dispositif national d’alerte pour les praticiens dont l’indépendance professionnelle serait menacée
  • Une cartographie, par secteur et par territoire, des acteurs jugés systémiques.

Aucune mesure coercitive, aucun texte n’est prévu pour renforcer l’indépendance des praticiens.

Le gouvernement se devait de répondre, après les alertes fortes qui viennent de toute part : syndicats, associations de patients, Ordres professionnels, rapports de l’Inspection générale des affaires sociales, de la Direction Générale des Entreprises qui pointent les dérives et les porosités du système.

La Commission des affaires sociales du Sénat s’inquiète du laisser-faire du gouvernement et recommande de renforcer le cadre de régulation et d’offrir des garanties d’indépendance aux professionnels de santé.

Le gouvernement est donc le dos au mur et les mesures envisagées n’auront aucune portée faute d’une loi protectrice qui est de l’intérêt de tous.

La financiarisation entraîne des dérives financières, dans un moment où la Sécurité sociale traque les milliards et se retourne contre les retraités pour les trouver.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : concernant la concentration, et la détention du capital financier.

CONCENTRATION :

  • En 2021, les six plus grands groupes de biologie privés concentraient 62 % des sites de biologie médicale du territoire (rapport du Sénat). Ces groupes sont Biogroup-LCD, Cerballiance, Inovie, Synlab, Eurofins et Unilabs
  • Le gouvernement reprend ce chiffre en octobre 2026 : 62 % des sites de prélèvement sont exploités par les six principaux groupes adossés à des fonds d’investissement.
  • Selon l’IGAS/IGF, en 2022, 67 % des établissements de biologie médicale étaient possédés par seulement 6 % des unités légales têtes de groupe
  • Le nombre d’entreprises s’est effondré : 2 145 en 2010, 586 en 2017. À la date de la mission, 283 laboratoires étaient référencés, dont 147 appartenaient à l’un des six principaux groupes.
  • Exemple de croissance : Biogroup est passé entre 2015 et 2024 d’un réseau régional de huit Société d’exercice Libéral à 30 Société représentant 953 sites et 157 plateaux techniques. Certains groupes représentent environ 20 % de l’offre de prélèvement Qui détient le capital ? des fonds de pension ?

En résumé

Le chiffre de référence officiel est 62 % des sites de biologie contrôlés par six groupes. Il est repris par le Sénat (2024) et par le gouvernement (octobre 2026). Mais la notion de « détenu par des fonds » est floue, car juridiquement les droits les montages financiers permettent de nombreux accommodements avec la Loi.  La logique et le respect des finances publiques voudrait que l’on légigfère afin de clarifier et de protéger l’indépendance des praticiens.

La question principale pourrait être posé aux patients : « préférez-vous être soigné par votre médecin ou par un financier ? »